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En salles le 15 novembre 2017
KHIBULA
un film de
GEORGE OVASHVILI

2017 - Géorgie/Allemagne/France – 97mn – 35mm couleur – Géorgien sous-titré Français - Visa Tous public : 144.477

festival
KARLOVY VARY - Compétition ||


PRESSE
Rachel Bouillon
+33 6 74 14 11 84
rachel.bouillon@orange.fr

synopsis
Le président déchu, qui incarnait autrefois l’espoir d’une nation nouvelle, tente de reconquérir le pouvoir.
Escorté par une poignée de fidèles, il traverse clandestinement les paysages majestueux de la Géorgie, tour à tour accueillants et inquiétants.

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Qu’est-ce qui vous a inspiré dans l’histoire de Zviad Gamsakhurdia et de sa présidence ?
L’histoire de Zviad Gamsakhurdia touche une corde sensible chez tous les Géorgiens et je ne fais pas exception. C’est l’histoire peu commune d’un homme trés spécial. Elle m’intéresse sous plusieurs angles, mais j’ai souhaité principalement raconter l’histoire d’un président qui n’est plus président. C’est une étude de l’univers intérieur d’un homme, autrefois trés puissant, qui a tout perdu : sa position, son autorité, son influence. Zviad Gamsakhurdia a vécu cette situation d’une façon absolument unique. La perte de biens matériels et la douleur physique n’étaient rien en comparaison avec la douleur spirituelle qu’il a endurée jusqu’à la fin. C’est ce qui m’a le plus inspiré.

Étiez-vous plus intéressé par cette histoire personnelle - la façon avec laquelle un leader, autrefois puissant, gère la défaite et tente de survivre - ou par les circonstances historiques et politiques du putsch et sa lutte pour reprendre le pouvoir ?
L’histoire personnelle, définitivement. Le film commence avec sa tentative de survie et de reprise du pouvoir car il est convaincu qu’il trouvera assez de partisans loyaux dans les montagnes. Il réalise vite que c’est une illusion. À partir de ce moment, son histoire personnelle se développe plus en profondeur et on peut se demander s’il tente de survivre ou tout le contraire exactement.

Pour certains Géorgiens, Zviad Gamsakhurdia est le leader héroïque qui a mené le pays à l’indépendance. Pour d’autres il est un personnage autoritaire au comportement despotique. Comment le voyez-vous dans votre film ?
Je n’aborde absolument pas ce sujet dans le film. Ce n’est pas essentiel au regard de ce que je veux exprimer. Le film commence alors qu’il est déjà déchu - pas officiellement mais dans les faits - et je ne me préoccupe pas du fait qu’il ait été un héros ou un tyran pendant son exercice présidentiel. Dans tous les cas, il avait perdu tous ses partisans et cela avait énormément affecté son état psychologique.

Comment les Géorgiens considèrent-ils Gamsakhurdia aujourd’hui ? Comment décririez-vous l’héritage qu’il a laissé au pays ?
Bien que 25 ans se soient écoulés, la vie personnelle et politique de Zviad Gamsakhurdia est toujours d’actualité en Géorgie. Je ne pourrais pas dire que le pays en ait une opinion consensuelle. Je pense que les opinions contradictoires existeront jusqu’à ce que nous réussissions à trouver des réponses aux questions qui se posent quant à cette mystérieuse période de notre histoire et que nous comprenions enfin les vraies raisons de ce drame national.

Les événements du film se sont déroulés il y a 25 ans, mais l’histoire continue aujourd’hui en Géorgie ; on peut également faire des parallèles avec l’Ukraine. Quels sont les enseignements que l’on peut tirer de votre film et des événements qui ont mené à la guerre civile et à la mort de Gamsakhurdia ?
Zviad Gamsakhurdia tentait de revenir au pouvoir, mais il a abandonné. C’était son choix bien sûr, mais toute la nation - les forces politiques comme les citoyens ordinaires - ont beaucoup contribué à ce qu’il opère ce choix. L’indifférence et l’irresponsabilité de la société ont conduit à sa chute personnelle et ont mené la nation à un désordre de masse qui n’a pu être résolu pendant des décennies. J’espère que les spectateurs réussiront à examiner ce problème de façon impartiale, qu’ils identifieront leurs propres erreurs et en tireront des leçons pour le futur.

Quel rôle a eu la Russie dans la destitution du Président Gamsakhurdia ?
Zviad Gamsakhurdia a gagné l’indépendance de la Géorgie et est sorti de l’Union Soviétique. C’est évident qu’il n’était pas le « chouchou » de la Russie. Edouard Chevardnazé, le célèbre homme politique soviétique et ancien ministre des affaires étrangères de l’Union Soviétique, fut le leader du conseil militaire qui a renversé le gouvernement de Gamsakhurdia. Après la mort de Gamsakhurdia, il a été élu en tant que deuxième président de la Géorgie. Je suppose que ça explique tout.

Vos deux films précédents, L’AUTRE RIVE et LA TERRE ÉPHÉMÈRE traitaient également de certains aspects de la guerre civile géorgienne. Quel impact ont eu les conflits d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud sur vous et sur votre travail en tant que réalisateur ?

Un impact direct et persistant puisque mes trois longs-métrages traitent de cela. Bien des gens pensent que les Géorgiens ont une attraction morbide pour le sujet, mais je pense que c’est normal. Ces aspects des années 90 - divers, intéressants et hélas trés cruels - sont impossibles à comprendre complètement. C’est une période de notre histoire contemporaine qui nous préoccupe beaucoup.

Préparez-vous déjà votre prochain film, et si oui, quel en sera le sujet ?
Je vais faire un autre film sur la guerre géorgio-abkhaze. L’écrivain géorgien, Guram Odisharia, forcé à quitter son pays, l’Abkhazie pendant les hostilités, a décrit cette fuite infernale dans son roman THE PASS OF THE PERSECUTED. L’autoroute de la côte était fermée à cause de la guerre civile et pour se mettre en sécurité, les gens devaient marcher 200 km, traverser les montagnes du Caucase et surtout franchir le col d’une montagne extrêmement difficile, situé à 3 000 mètres d’altitude. Des centaines de gens y ont trouvé la mort. Le scénario du film est basé sur ce roman, lui-même basé sur des événements réels.

Entretien réalisé par Ed Meza pour Variety - Juillet 2017