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En salles le 7 juin 2017
Ali, la chÈvre & Ibrahim
un film de
SHERIF EL BENDARY (EGYPTE)

2016 - Egypte/France - 98 mn - son 5.1 - couleur - 2:35 - Visa Tous publics n° 146.720 - VO Arabe sous-titré Français

PRESSE
Rachel Bouillon
+33 6 74 14 11 84
rachel.bouillon@orange.fr


synopsis
Quand Ali rencontre Ibrahim.
Ali, d’un tempérament jovial, voue un amour inconditionnel à Nada, sa chèvre. Sa mère ne le comprend pas et décide d’envoyer Ali chez un guérisseur.
Il y rencontre Ibrahim, un ingénieur du son qui souffre d’acouphènes qui parasitent son travail et sa joie de vivre.
Ali, Nada et Ibrahim entreprennent un voyage thérapeutique qui les conduira d’Alexandrie au Sinaï et qui bouleversera leur vie.

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ALI, LA CHÈVRE ET IBRAHIM est votre premier longmétrage. Comment est né ce film ?
Dans les années 1980, le cinéma égyptien a créé ce qui s’appelait « le nouveau réalisme ». Ce style cinématographique était le résultat des changements sociopolitiques qui ont modelé notre société après la guerre de 1973, et des politiques qui s’en sont suivi. L’une des caractéristiques les plus importantes de ce mouvement était la façon dont il montrait un Caire oppressant qui poussait les habitants vaincus à imploser et même à se révolter à la fin du film. Cette colère et cette révolte restaient bridées par les contraintes de la réalité.
Maintenant, trente ans plus tard, et après une révolution qui a eu un résultat décevant, tout a changé, mais pour le pire. La ville est de plus en plus écrasante et ses habitants sont de plus en plus violents, presque au bord de la folie, sans leur ménager un espace pour les libérer de leur colère. C’est pourquoi je pense que les histoires sur cette ville et ses habitants doivent également changer.
Le Caire brise leur âme, elle les mange jusqu’à ce qu’ils n’aient plus d’autre issue que de se ridiculiser et finalement détester leur propre existence. Les personnages de mon film sont assez hors norme et décalés pour exprimer l’irréalité et l’absurdité de la vie qu’ils mènent.
Je vois ALI, LA CHÈVRE ET IBRAHIM comme un film qui devrait refléter le coeur battant du Caire. Je vois même ce film comme le début d’un mouvement qui reflète honnêtement la ville, mais également toute sa complexité.
Ce n’est pas seulement mon premier long-métrage. Ceci peut paraître démesuré ou exagéré, mais c’est l’histoire que je voulais raconter avant de mourir.

Ali et Ibrahim vont apprendre à se connaître pendant leur voyage qui les mènera d’Alexandrie au Sinaï. C’est un film sur l’amitié. Faut-il également y voir une métaphore politique et poétique ?

Ce n’est pas seulement un film sur l’amitié. C’est également un film sur la découverte de soi. Et sur le rejet de la société qui pousse les personnages à entreprendre ce voyage.
Ce que j’ai voulu exprimer, c’est mon rapport passionné et passionnel avec la ville du Caire, qui suscite des émotions contradictoires, à la fois de l’amour, de la colère, une oppression, le sentiment d’appartenance, la frustration et même la haine. Le Caire est une ville qui avale ses habitants. Ali et Ibrahim sont témoins de cette situation. Ce sont des personnages solitaires qui sont le produit de la folie de cette ville. Ils sont en train de suffoquer à cause d’elle. Mais ils refusent d’accepter cette existence absurde, ce qui les marginalise, les rend excentriques ou peut même les faire paraître fous.

Le voyage, c’est la vraie liberté, c’est la possibilité de faire des rencontres, d’apprendre à mieux se connaître, c’est un moyen d’échapper au réel.

Oui, tout à fait. Mais c’est en premier lieu, la découverte de soi, une sorte de guérison partagée en plus de la vraie liberté, et de la possibilité de rencontrer des gens, de se connaître vraiment et d’échapper à la réalité. Ce voyage les aidera à retourner dans leur ville, plus forts et leur permettra de s’adapter au monde environnant.

Comment avez-vous choisi vos comédiens et la chèvre Nada ?

J’ai voulu des comédiens inconnus pour pouvoir réaliser le film que j’imaginais. Aly Sobhy incarne Ali. C’est un comédien indépendant, qui exerce le théâtre de rue. Et il ressemble à Nada, la chèvre. Il paraît que lorsque l’on aime un animal, on finit par lui ressembler !
Pour incarner Ibrahim, je cherchais le contraire d’Ali. Si Ali est petit, Ibrahim devait être grand. Ali est drôle et Ibrahim est sérieux et triste. Mon choix s’est porté sur Ahmed Magdy.
Pour Nada, dans un premier temps, je cherchais une petite chèvre adorable dont tout le monde tomberait amoureux. Et il y avait également des raisons pratiques à prendre en considération. Par exemple, il fallait que j’aie une exacte doublure de la chèvre au cas où la première serait fatiguée ou refuserait de travailler ou tomberait malade. Son pelage devait être uni, sans aucun signe distinctif. Il fallait qu’elle soit obéissante et à l’aise avec les gens pour ne pas se cabrer dans la foule pendant le tournage. Il fallait qu’elle me comprenne quand je lui faisais certains signes, et il fallait aussi qu’elle ne soit pas agressive. Cela a donc pris du temps pour trouver la bonne race et ensuite pour trouver les bonnes chèvres.

Pouvez-vous nous parler de votre travail sur la bande son ? Vous avez saisi le bruit de la rue, grouillante. Mais également les sons qu’entend Ibrahim, très stridents que le spectateur ressent presque comme une agression.

Depuis le début, j’ai considéré le son comme un élément déterminant.
Tout d’abord Ibrahim entend des sons et Ibrahim est musicien. Il y avait 5 scènes d’attaques sonores qui étaient importantes pour illustrer l’effet des sons violents sur Ibrahim. Et en même temps, je ne voulais pas que ces sons soient douloureux pour les spectateurs. Et c’était vraiment délicat, car il fallait que je trouve le juste équilibre entre un son violent et un son qui ne provoquait pas une sensation trop désagréable pour les spectateurs.
Ensuite, ALI, LA CHÈVRE ET IBRAHIM est un film urbain. Le son du Caire emplit le film exactement comme je l’entends et comme je le ressens. Et je le ressens ainsi depuis mon dernier court-métrage DRY HOT SUMMERS (LES ÉTÉS SECS ET CHAUDS). J’ai beaucoup travaillé pour que le son reflète l’endroit où il se déroule, parce que les sons du Caire sont très différents de ceux des autres villes dans lesquelles je suis allé.